Les prémices marocains

Du 8 au 14 novembre – Entre Fès et Rabat

Ma deuxième semaine au Maroc s’accompagne d’un changement radical de rythme. Après les premiers jours où j’avançais beaucoup, à raison de 60 kilomètres quotidiens, je m’arrête dans un hôtel-riad à Fès. Je ne toucherais pas mon vélo pendant 3 jours. Ce premier arrêt au stand sera surtout celui du retour au confort et à la sédentarité.

Le ryad est une maison urbaine traditionnelle construite autour d’un patio ou d’un jardin intérieur. On trouve donc ces ryads dans les quartiers anciens, historiques, des villes marocaines ; les médinas. Les hôtels touristiques se sont donc accaparés ces demeures pour en faire des hébergements typiques et qualitatifs. Quoi qu’il en soit, les riads sont des endroits fascinants, envoûtants. On y trouve une décoration traditionnelle très coloré et très fournie, à base d’arabesques notamment. Elles sont partout ; en boiserie sur les murs, en céramique au sol, en détail sur des luminaires de ferronnerie d’art, etc. La configuration du lieu est également caractéristique de ces endroits. La grande ouverture horizontale au centre de l’ouvrage est l’axe principal, et le seul apport de lumière naturelle. On est donc plongé au cœur du ryad, dans cet environnement calme et chaleureux.

L’arrivée au Ryad El Yasmine se traduit malheureusement par un retour brutal aux mauvaises habitudes. Je me couche tard, sans remplir mon journal, et en consommant de manière excessive la dernière série Netflix tendance. C’est le genre de laisser aller qui me fait culpabiliser. Mais je me dis que je peux bien m’accorder cet écart après une première semaine survivaliste. Heureusement je me suis ressaisi dès le lendemain. J’ai pu alors arpenter les ruelles de la gigantesque médina de Fès et ainsi découvrir la richesse de la culture marocaine.

Après une bonne pause citadine, il était temps de me remettre en selle. Je quittais la ville pour me rendre dans une ferme-gîte à seulement 30 kilomètres de là, où je resterais deux nuits. Je pense reprendre la route mais je fais du sur place. Quand je repartis pour de bon, j’avais cet étrange sentiment ambivalent. A la fois l’envie de retrouver la mobilité, mais avec la crainte du retour à l’incertitude. C’est alors que j’eu mon premier coup dur. Plus la journée avançait, moins je savais où j’allais. Le soir venue, après plusieurs refus d’hébergement, le ventre vide, et la localisation hasardeuse, je me retrouvais errant dans le noir. Je finis par planter ma tente au détour d’un virage, en pleine ascension d’une montagne visiblement inhabitée. Les chiens peu accueillants des environs viendront même me souhaiter bonne nuit.

Le lendemain je relativise sur ces événements et je me concentre sur Moulay Idriss. Cette ville perchée en haut d’un piton rocheux abrite le sanctuaire du fondateur de la cité de Fès, Idriss 1er. C’est un soulagement que d’arriver dans cette ville sainte. Cependant j’ai toujours en tête mes mésaventures de la veille. Afin d’éviter de me retrouver dans la même situation, je choisis la facilité et vais me réfugier dans un hôtel à Meknès. Mais dorénavant je sais ; je ne dois pas rester, ni même me relâcher dans cette parenthèse ouaté.

Moulay Idriss Zerhoun

Je prends alors conscience du moment compliqué que je traverse. C’est le contrecoup de la première semaine et des 2 000 kilomètres déjà parcourus. Je le sens à mes jambes “vidés” de leur énergie, plus aucun répondant sur les pédales à certains moments. Et mon moral en pâtit également. Je réalise aussi que les marocains n’accueillent pas si facilement dans leur intérieur, malgré leur réelle hospitalité. Seulement c’est le concept même sur lequel est basé mon aventure ; loger chez l’habitant.

Une petite nuit de fondamentaux me fera le plus grand bien. Après Meknès je plante ma tente près d’une usine de briques. Le gardien m’assure que je n’aurais pas de problèmes ici. J’installe mes petites affaires, dont la triplette matelas-duvet-oreiller. Je fais une séance d’étirements. Je décide même de cuisiner avec mon réchaud pour la première fois au Maroc. J’apprécie donc un repas chaud et réconfortant juste au crépuscule.

Campement d’un soir

Cette deuxième semaine est également marquée par des points positifs. Je remarque notamment une timide ouverture sur l’autre. C’est une chose de se faire comprendre par un marchand pour acheter à manger, mais s’en est une autre que d’échanger en toute sincérité avec un inconnu. Maintenant que mes besoins fondamentaux (manger, dormir, toilette) ne sont plus une urgence, j’ai plus d’attention pour les relations sociales. Inconsciemment, j’adopte une posture plus décontractée, un visage plus souriant, le regard moins fuyant. C’est ainsi que je passerais quelques minutes avec cet homme et son fils, assis par terre. Ils vendent des glands sur le bord d’une nationale filante, toute la journée sous le soleil. Le garçon parle un peu français et fait l’intermédiaire entre son père et moi. On communique aussi beaucoup avec les mains. Alors on parle de tout et de rien ; de mon voyage, de leur quotidien, du Covid, etc. Ils me donnent des glands, je leur passe des biscuits. Il y a des moments de silence aussi. Et ce simple échange, dans toute son authenticité, a ravi ma soirée.

Alors je repars en bonne forme le lendemain matin. Je sens que les petits efforts d’hygiène de vie payent et mes jambes me le rendent bien. Me voilà lancé à bonne allure sur cette nationale N6. Je bénéficie en plus de l’aspiration des nombreuses voitures qui me doublent. C’est ainsi que je suis propulsé à Rabat, la ville du Roi. Je me retrouve rapidement sur le front de mer où je m’arrête un moment. Cela fait 1 mois que j’ai quitté l’océan Atlantique à Bayonne, et j’apprécie ces retrouvailles. Les embruns iodés des vagues agitées me font un peu sentir la Bretagne. Je retrouve aussi la France dans l’accueil que me font Benjamin et Lorenza, chez qui je resterai quelques temps.

Rabat

Finalement, cette première portion Nador-Rabat m’aura permis de mieux cerner les difficultés propres à ma façon de voyager. Je sais que trouver un toit n’est pas chose facile. Je sais aussi que le quotidien d’un cycliste-voyageur n’est pas de tout repos. Mais j’ai surtout compris que je peux largement m’en sortir avec plus d’ouverture sur l’autre, et une bonne discipline personnelle. Je suis dorénavant bien rentré dans mon voyage. Ma principale préoccupation est désormais de rentrer dans mon projet. L’habitat, j’y pense tous les jours, j’y rêve tous les soirs. J’ai hâte de vous le partager mais il faut pour ça que j’améliore ma façon de travailler. C’est l’objet de cette troisième semaine qui se profile entre Rabat et Casablanca. –

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