Mise à jour saint-louisienne

Du 3 janvier au 3 avril, entre Boujdour et St Louis.

Cela fait douze semaines que je n’ai pas raconté mes aventures. Et des péripéties il y en a eu ! Le Sahara avec Baudouin, les marins de Nouadhibou, Nouakchott et l’arrivée des problèmes de santé, la souffrance au Sénégal, l’hospitalisation à Dakar, et enfin un nouveau départ depuis St Louis. Je vais essayer de résumer ces trois derniers mois pour vous expliquer tout ça.

L’année 2022 commence à Boujdour là où j’ai quitté mon ami Mohamed. J’étais heureux de reprendre la route seul. Et j’ai pu avoir ces moments de solitude dans le désert qui me faisaient tant rêver. Seul avec moi-même, sans aucune distraction. Juste le sable, la route, et le vent. De belles journées bénies par le vent. Comment décrire cette sensation quand je vais dans son sens, et qu’il me propulse à 35 km/h sans vraiment faire d’effort. Les plateaux s’enchaînent et les dunes défilent. Je fais la course avec des serpents de sable qui sont balayés devant moi. Des moments de pure liberté que j’envie à l’heure où j’écris ces lignes.

Cependant cette solitude a été de courte durée puisque dès Dakhla je fais la connaissance de Baudouin. Il est parti de Belgique et se rend à Dakar au Sénégal ; ses deux nations de cœur. Il voyage à vélo, est fraîchement diplômé d’architecture, et nous avons le même âge. J’ai beaucoup plus de points communs avec Baudouin qu’avec Mohamed. Et c’est donc sans surprise qu’une amitié est née là aussi. Nous avons donc choisi de faire un bout de chemin ensemble, et avons vécu de belles choses. Je garderais en mémoire nos campements dans le désert ou sur la côte atlantique, ces musiques qu’on aime, ces dessins qu’il esquisse en un rien de temps.

Guerguerat avec Baudouin

Lors de notre arrivée à Nouadhibou, la deuxième ville de Mauritanie, nous avons eu la chance de tomber sur deux marocains exceptionnels. Brahim et Aziz sont des marins qui travaillent ici avec Pablo, un négociant en poisson. Ces trois hommes nous ont accueilli comme leurs amis, comme leurs frères, là où nous avions besoin de répit. Nos journées ensablées et le changement de culture nous avaient quelque peu fatigués. On reste cinq jours dans leur garçonnière tant leur compagnie est agréable et l’hospitalité chaleureuse. On s’enfile les bons plats du cuistot en chef Brahim, un homme bouleversant. Tandis qu’Aziz presque muet nous surveille toujours d’un œil bienveillant. En attendant que Pablo passe nous prendre pour une virée dont on a à chaque fois du mal à s’en remettre tellement elles sont empreintes de sincérité et de générosité.

Mais plus la pause est longue et plus la reprise est difficile. Et celle-ci a été particulièrement dure. Des journées où il faut se faire violence pour se lever, pour avancer, pour cuisiner. Les jambes absentes, le mental en berne. Et l’environnement ne nous aidait pas. Le Sahara mauritanien était plus rude encore que le Sahara marocain. Plus de sable et plus de mouche. Heureusement que nous pouvions compter l’un sur l’autre. Mais avancer dans ces conditions n’est pas sans conséquences. C’est sûrement en puisant dans nos ressources que nous nous sommes exposés à la maladie la veille de notre arrivée à Nouakchott.

Des œufs pas frais ou un peu sales pour une simple omelette, et le voyage prend une toute autre tournure. C’est dire l’exigence de ce genre de périple. Nous subissons tous les deux une intoxication alimentaire. Et les 80 kilomètres qui nous séparent de la capitale sont alors plus ardus que toutes ces dernières journées réunies. Je lutte sur la selle, alternant entre la douleur et la somnolence. Sur les derniers kilomètres je jure même sur tout ce qui bouge. J’ai élu cette journée la plus difficile du voyage en arrivant rincé le soir à l’auberge. Mais j’étais loin du compte. Pour Baudouin l’épisode intestinal était réglé en quelques heures. Pour ma part, ce fut une autre affaire. Le début de longues semaines d’errance physique.

Après quelques moments bien agréables dans la vie d’expatriés de Nouakchott, et du repos à l’auberge Ntajat, je reprends la route seul toujours en direction du sud. Seulement je peine plus que d’habitude à avancer. C’est encore dans la difficulté que je rejoins le Sénégal. Mon corps ne s’est pas débarrassé du mal, et je sous estime largement l’ampleur du problème. Arrivé à Saint Louis, le lendemain du passage frontalier, je peux enfin souffler. Les sourires sénégalais me redonne le moral et le centre ville touristique m’offre du confort que je n’attendais plus. Ces bonnes conditions me font relâcher la pression et sûrement mes dernières défenses par la même occasion.

C’est alors que je passe non pas la journée la plus dure, mais bien la semaine entière la plus difficile jusqu’à lors. Je souffre de maux de ventre aiguës qui me tordent dans tous les sens, cloué au lit. Et ces vagues de douleurs apparaissent surtout la nuit m’empêchant en plus de dormir. Au bout de quelques jours je suis exténué comme jamais je ne l’ai été. Je finis par me retrouver dans les centres de santé de l’île en urgence, au bout du rouleau. Quelques améliorations mais impossible de poser un diagnostic précis. Je prends conscience de ma négligence et décide de reprendre le contrôle et me soigner comme il se doit.

Cela tombe bien, ma sœur Coline arrive tout juste à Dakar. Je la rejoins en bus pour passer du bon temps ; de la pirogue dans les mangroves du Saloum, au surf sur les plages dakaroises. Après cinq jours collé à elle, je passe les cinq suivants assigné dans une clinique privée. Le verdict tombe : une bactérie intestinale avec déshydratation, suivie d’une thrombophlébite, et un petit syndrome jonctionnel au rein en prime. Le compte est bon. Ça aura pris du temps et de l’argent, mais je suis enfin remis sur pied. Il est temps de retourner à St Louis pour retrouver Marcel là où je l’avais laissé, bien gardé chez mon ami Paco (cf. Reportage 4).

Ma sœur

Alors le coup de grâce de ce passage à vide tombe ; j’apprends le décès d’un membre de ma famille. Ma tendre mamie nous a quittés. Pas facile de digérer la nouvelle éloigné des miens, si loin de ma terre natale. Heureusement j’étais bien entouré à ce moment. J’ai pu compter sur Élodie, une architecte belge rencontrée précédemment à la capitale, et mon ami de voyage Julien que j’ai retrouvé avec surprise dans les ruelles saint-louisiennes. Leur affection et leurs bonnes paroles me permettent de faire le deuil. Je choisis alors volontairement de rester encore un peu à St Louis pour profiter de ce doux cadre.

Quelques semaines s’écoulent encore. Une après midi écriture au café Ndar Ndar, une conversation de trottoir près du spot à beignets de 18h, un verre à l’Embuscade, un concert à l’Institut Français, une méditation en bord de fleuve, une visite chez Paco à HLM, un repas dans sa famille dans les quartiers de Pikine. Voilà par quoi est rythmé mon quotidien. Je vis en colocation avec mes deux amis dans une spacieuse maison du centre ville. La cuisine équipée et le balcon fleuri en font un merveilleux endroit pour retrouver de précieux repères et se recentrer. Les habitudes refont surface et les liens se tissent. Je me sens véritablement bien ici, heureux.

Julien, Poudi et Élodie

Mais je ne peux rester indéfiniment. La route m’appelle et le voyage doit reprendre. Tout d’abord subite et ensuite acceptée, cette longue interruption de deux mois m’a déjà permis de faire le point sur de nombreuses choses en ce premier tiers de voyage. Puis j’ai vécu tant d’événements forts qui m’ont procuré de la peine, de la souffrance, mais aussi de la joie et de l’amour. Finalement, trois mois intenses en émotions qui m’ont fait énormément grandir je crois. Il est maintenant temps de plier bagages et de retrouver un vieil ami que j’ai quelque peu délaissé ces temps-ci : Marcel. –


PS : ces récits seront dorénavant mensuels, et non plus hebdomadaires comme auparavant.

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